Le poids des vignerons naturels dans le val de Loire est difficile à évaluer. Mais de toute façon, au-delà des chiffres, leur dynamisme s’observe d’abord dans l’évolution lente mais réelle des modes de pensée… [Enquête optimiste]

3,7% de vignerons naturels en Loire

Aucune liste de vignerons naturels de Loire n’existe à ce jour. En tout cas, aucune qui soit fiable et reconnue par les intéressés eux-mêmes.

De façon tout à fait péremptoire et non-scientifique, nous avons donc dressé notre propre liste, en croisant diverses sources : le site de l’AVN (13 vignerons), de vinsnaturels.fr (43) des Vins Sains, de la Dive 2015 et du salon des Vins Anonymes 2015. (Si vous avez mieux comme méthode, you’re welcome).

Résultat : environ 100 vignerons naturels sont installés en Loire actuellement, selon nos calculs.

Ca représente 3,7% de l’ensemble des 2700 viticulteurs opérant dans le vignoble (chiffre Interloire). Impossible en revanche de connaître la surface que cela représente, ni le volume de vin produit (mais on y travaille).

Des tirs de barrage

3,7%, c’est peu. Mais ce petit chiffre suffit-il à ranger les vins naturels dans la rubrique « marché de niche à croissance limitée » ?

« Personne ne peut dire comment ça va évoluer. (…) Ca se joue sur la volonté d’une société. Nous sommes à un moment où un système s’arrête et un autre qui démarre», juge Jacques Carroget, membre de l’AVN et vigneron (domaine de la Paonnerie).

« Mais quand on voit la mine réjouie des gens dans un bar à vins naturels, pendant que d’autres ont du mal à trouver des consommateurs… C’est le signe d’un nouveau mode de consommation, non ? Les vins naturels vont sauver la consommation de vin. »

Sage parmi les sages, Jacques Carroget lutte pour donner une place aux vins naturels depuis plus de vingt ans.

« Le poids politique des vins naturels est faible. On subit encore des tirs de barrage de partout », observe-t-il. «Aujourd’hui, dire qu’on fait du vin naturel, c’est interdit », rappelle-t-il. Vins conventionnels contre vins naturels, ce sont « des systèmes idéologiques et économiques qui s’affrontent ».

Les vins naturels vont sauver la consommation de vin.

Jacques Carroget

Vigneron, membre de l'AVN, Domaine de la Paonnerie

Vigneron de Loire, Jacques Carroget

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La part de vignerons naturels en Loire

Le chemin parcouru

Mais Jacques perçoit aussi une évolution. « Nous sommes reçus, et bien reçus. Les relations avec les potentats locaux sont toujours un peu compliquées, mais au niveau national, c’est mieux. »

Ce vigneron militant prédit d’ailleurs une évolution vers la reconnaissance officielle : « Sous la pression des producteurs italiens et espagnols, qui vendent du vin naturel et piquent des parts de marché, les législateurs ressentent le besoin de  » clarifier » les choses. »

Evidemment, bien malin celui qui dira quelle forme prendra cet éclaircissement (label ? appellation ?), ni quelle définition du vin naturel sera alors faite. Sans compter que tous les vignerons naturels n’ont pas forcément envie, loin de là, d’être « reconnus » et de rentrer dans un cadre.

N’empêche. « Il y a 15 ans, personne encore n’imaginait qu’on en serait là un jour. »

La position d’Interloire : pas de position

Interloire, campagne de communication pour les vignerons de LoireLe directeur général d’Interloire, Benoît Stenne, constate aussi que « toutes les frontières tombent» aujourd’hui dans le vignoble. « Petit à petit, si le consommateur en veut », les pratiques et mentalités évoluent vers le « nature », plus ou moins vite selon les appellations.

« Ce que disaient certains vignerons naturels il y a vingt ans a une portée aujourd’hui », des études sont lancées, des réflexions amorcées.

Pour autant, Interloire ne s’est pas encore donné la peine de mesurer ce phénomène des vins naturels : aucun chiffre, aucune étude de marché, aucune enquête sur les consommateurs et encore moins sur les producteurs…

Et ce « même si on sent que c’est une tendance forte », admet Benoît Stenne. Car ces vignerons naturels qui n’apparaissent nulle part, « ils existent bel et bien», sourit-il, en avouant qu’il lui arrive même de boire leurs vins.

Les chiffres recensés par Interloire disent les surfaces, les volumes de productions ou la part de l’export… Mais « rien » sur les méthodes utilisées par les vignerons pour faire leur vin.

Plus que tout autre commentaire, cette représentation du vin de Loire en dit long sur le chemin qui reste à parcourir.