Antonin Iommi-Amunategui est journaliste, blogueur de « No Wine is Innocent » et organisateur des salons Rue89. Il lance un appel aux amoureux des vins libres avec un «Manifeste pour le vin naturel». A lire avant qu’il ne soit trop tard. [Interview débat]

Peux-tu résumer le propos de ton « manifeste » ?

« Le Manifeste pour le vin naturel est un livre court mais difficile à résumer. C’est l’aboutissement de cinq saisons de blog, d’un cheminement. Il y a dix ans je n’y connaissais rien en vin et il y a cinq ans que je suis tombé dans les vins naturels. En cinq ans, je suis devenu monomaniaque : aujourd’hui, 99% des vins m’emmerdent, les seuls qui me plaisent sont des vins naturels.»

Sur quelle définition du vin naturel te bases-tu ?

« En gros, c ‘est la même définition que celle de l’AVN : raisin bio, aucun additif, des sulfites tolérées en quantités très limitées, autour de 30mg/L maximum. »

Et alors, pourquoi écrire un manifeste ?

« Il faut faire bouger les lignes : faire reconnaître officiellement le vin naturel. Avec tout ce que ça veut dire comme obligations pour les vignerons. Il est temps de sortir du bois. »

 Sinon quoi ? Quelle est l’urgence ?

« Il faut agir avant que la grande distribution ne récupère le mouvement. Ca a déjà commencé d’ailleurs : ils ont récupéré certains codes visuels, les étiquettes décalées, ou même les vins sans sulfites ajoutés

Alors soit on laisse faire, ce que certains font. Soit on essaie de faire valider le vin naturel au niveau de l’Etat. Parce qu’aujourd’hui, ce vin n’existe pas officiellement, on n’a pas le droit d’inscrire « vin naturel » sur une étiquette.

Mais je suis convaincu que la récupération est déjà en cours. Bien sûr, les vignerons naturels ne vont pas disparaître. Mais les consommateurs vont trouver des ‘vins naturels’ qui n’en sont pas.»

Il faut agir avant que la grande distribution ne récupère le mouvement. Ca a déjà commencé d’ailleurs.

Antonin Iommi-Amunategui

No Wine is Innocent

Antonin Iommi-Amunategu, journaliste et blagueur, auteur du Manifeste pour le vin naturel.

Quels sont les blocages ? Qui essaies-tu de convaincre avec ce manifeste ?

« C’est très polémique. Soi-disant que le terme « naturel » – intraduisible, au passage – est impossible à encadrer. Pour d’autres, c’est juste une arnaque marketing pour vendre du vinaigre.

Le débat est assez récurrent, il renaît à chaque nouvelle génération de consommateurs qui découvre les vins naturels.

Mais moi, je n’ai plus envie de parler de ça. Pour moi, c’est acquis que le vin naturel existe. Donc la question aujourd’hui, c’est plutôt ‘Qu’est-ce qu’on fait ?’

Avec ce manifeste, j’espère convaincre les consommateurs, mais aussi les vignerons. On n’a jamais autant parlé du vin naturel. Il faut en profiter, sauter dans le train qui est en marche.

Au sein-même du milieu des vins naturels, certains vignerons sont contre cette idée, pour tout un tas de raisons. Mais je crois qu’on peut rester punk tout en ayant un cadre. »

Dans le manifeste, tu évoques l’idée que le « vin naturel » est bien plus qu’un simple produit de consommation… 

« Oui, pour moi c’est un laboratoire. Je développe l’idée qu’il s’agit d’un mouvement de « contre-culture » : un moyen de faire changer le système sans le faire exploser, mais insidieusement. C’est un fait qu’un vin sera plus regardé et commenté qu’une tomate. Le vin naturel peut servir de modèle pour l’agriculture et au-delà, un laboratoire de micro-société idéale. […] Le vin naturel ne parle pas que de vin. »

En amuse-bouche, voici un extrait du manifeste d’Antonin Iommi-Amunategui (il est plutôt long, j’espère que l’auteur ne m’en voudra pas, mais j’aime beaucoup cette définition des vins naturels ) :

« Mais en quoi consiste cette contre-culture du vin, cette contre-agriculture qui prend racine si loin et fleurit ces temps-ci ? D’abord il y a des sols et des vignes sans engrais ni désherbants ou pesticides chimiques, qui donnent des fruits honnêtes, dont on extrait des jus inaltérés, lesquels, sous l’action de levures indigènes, se transforment naturellement en vin, qu’on mettra ensuite, tel quel ou presque, en bouteilles. Ce n’est pas une opération magique, cela exige de l’attention, du travail, des caresses ; mais ces centaines, des milliers de vigneron-ne-s à travers le monde, ont depuis longtemps démontré qu’on pouvait faire un vin différent et délicieux à partir de raisins bio et, pour citer l’un d’entre-eux, sans grigris œnologiques.

Ensuite, il y a une commercialisation et un consommation alternatives. Sans passer par la case néons et grande distribution ; mais par des magasins menus, où le vendeur est souvent d’abord un ou une passionné-é, un passeur bienveillant, et par des bars à vin, bistrots, salons, soirées, et autres lieux étrangement heureux, où le temps humain ne suit pas tout à fait le même cours. »

« Manifeste pour le vin naturel », Antonin Iommi-Amunategui, éditions de l’Epure – Marie Rocher, 24 pages, 7 euros. Disponible à partir du 14 septembre dans toutes les bonnes librairies et chez les bons cavistes !