Rencontre avec un des acteurs clés du monde du vin naturel : Yoshio Ito, importateur de vins au Japon. [Interview express]

Ito : à la recherche des vins authentiques

Yoshio Ito, que tout le monde appelle simplement « Ito », n’est pas forcément connu du grand public. Mais chez les vignerons, son arrivée dans le domaine est souvent espérée ou attendue. Et pour cause : il est le représentant français d’Oeno Connexion, un des principaux importateurs de vins au Japon.

« J’achète du vin ici et je le vends là-bas », explique simplement M. Ito, dans un français quasi impeccable (mieux que mon japonais, en tout cas…)

Dans le val de Loire, M.Ito commerce avec « au moins trente domaines, mais je n’ai jamais vraiment compté ». Les vins de Loire représentent « 20% » de ses importations totales de vin français. La région arrive derrière « le Sud, qui produit de plus grandes quantités ».

Que du vin naturel ? Vu le manque de définition (on y revient toujours…), impossible d’y répondre. Mais de toute façon, le terme ne convient pas parfaitement à M.Ito. « Je cherche des vins authentiques avant tout, pour moi c’est ça qui est important ».

Ito : « On parle trop du soufre dans les vins libres »

C’est quoi, un « vin authentique » ?

« Des vins pas maquillés. Pour moi, le plus important, c’est l’expression du terroir.  La qualité du vignoble, c’est 90% de la qualité d’un vin à mes yeux. La vinification vient après le terroir, qui doit être vivant, avec plein de micro-organismes. Cette vie se retrouve ensuite dans la cave, avec les levures indigènes. C’est capital. On parle trop du soufre dans les vins libres, alors que les levures et le terroir, c’est ça l’essentiel. »

« Au départ, les vins naturels, ça puait! »

Ces vins « authentiques », M. Ito les a découverts « en 1994, 1995 », quelque temps après être arrivé en France. A l’époque, nul ne parlait encore de « vin nature ». « C’était des vins différents, étonnants ». Il cite notamment Marcel Lapierre ou Philippe Pacalet, parmi ses premières rencontres décisives.

« Au départ, les vins naturels, ça puait ! Il y avait une réduction énorme! » Au Japon, comme en France, vendre ces vins-là, c’était « difficile ». « Mais on a décidé que c’était authentique. Et au Japon, on aime ça, l’authenticité. »

J’ai cru comprendre que les importateurs japonais (il n’y a pas qu’Oeno Connexion, mais aussi Racines ou Cosmojun) ont, par leur soutien pendant ces années difficiles, permis à de nombreux domaines de survivre…

Vingt ans plus tard, tout a changé…

On parle trop du soufre dans les vins libres, alors que les levures et le terroir, c’est ça l’essentiel.

Yoshio Ito

Importateur de vins au Japon, Oeno Connexion

Ito, importateur de vins naturels au Japon

Le tournant : le salon la Dive-Bouteille

« Le tournant, pour la Loire, ça a été l’organisation de la Dive (salon des vins naturels qui se tient tous les ans à Saumur). « Avant ça, les vignerons étaient souvent seuls… Là, il y a eu des rencontres, des réunions… Et on a eu beaucoup moins de réduction dans les vins ! Le changement a été énorme. »

Aujourd’hui, les salons de vins naturels se multiplient, de même que les domaines… « Ca, c’est bien », juge M.Ito. « Tout évolue : Marcel Lapierre n’est plus là… Mais on voit arriver une nouvelle génération de vignerons, comme En Joue Connection, c’est super. »

Seul regret de l’importateur : face à l’engouement pour les vins naturels, certains vignerons ont « des comportements un peu tordus, dès qu’ils sont un peu stars. Y’en a qui sont trop fiers…Mais bon, c’est humain… »

Anjou, Ardèche et Roussillon, les trois vignobles « où ça bouge »

Y’aura-t-il de la place pour tout le monde ? Après tout, c’est un peu ce qu’on entend ici et là, que les vins naturels sont « une mode », un « marché de niche à potentiel de développement limité » (cette formule, lue dans je ne sais plus quel mag, m’a marquée…)

« Mais pas du tout, s’amuse M.Ito. Au Japon, la mode est déjà dépassée. C’est déjà entré dans la culture… Et après la catastrophe nucléaire, les Japonais cherchent de plus en plus à connaître ce qu’il y a derrière ce qu’ils consomment. » Pour lui, la Loire et particulièrement l’Anjou, fait partie des trois vignobles « où ça bouge », avec l’Ardèche et le Roussillon.

Et « les vins naturels de Loire, pour nous, c’est impec : ce sont des vins pas trop forts, qui s’accordent bien avec notre cuisine. Y’a pas mieux ! »

 

 

 

Vins naturels de Loire : les derniers coups de coeur de M.Ito

Domaine Deboutbertin
François Saint Lo 

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