En cherchant les voies possibles pour réduire le soufre dans le vin, voici que je découvre les adeptes du soufre naturel. [Attention, produit non autorisé]

Le soufre naturel, c’est quoi ?

Le soufre le plus couramment utilisé par les vignerons, que ce soit dans les vignes ou dans le chai, est un sous-produit du pétrole. Le soufre est extrait par tout un tas de procédés chimiques.

Certes, le pétrole est un produit naturel. Mais « l’extraction n’est pas saine », explique Michel, vigneron de Loire (j’ai inventé un prénom, à sa demande). D’une façon ou d’une autre, le soufre perd en route « une certaine capacité à dialoguer avec le vivant ».

Résultat : « Quand on sulfite un vin avec ce soufre, on sent une crispation, un durcissement du vin. C’est immédiat, et tout le monde (du vin naturel) l’a remarqué. C’est même pour ça qu’on sulfite le plus tôt possible. »

Le soufre naturel, lui, est extrait directement de « mines polonaises », et conditionné en Italie sous forme de poudre jaune. Au passage, il coûte « 100 fois moins cher ». A noter : ce n’est donc pas du soufre volcanique, certes naturel, mais dont l’extraction semble un peu plus compliquée (ambiance « Germinal à Vulcania »).

Mon observation : ce soufre en poudre ne sent presque rien. Il faut vraiment mettre le nez dessus pour sentir cette odeur d’oeuf pourri très reconnaissable.

Les avantages du soufre sans les inconvénients

Avec le soufre naturel, Michel n’observe pas « cette résistance du vin ». Mieux : « Plusieurs vignerons qui étaient devenus intolérants au soufre me disent qu’avec le naturel, ils n’ont aucun problème. Et que leurs clients allergiques n’ont pas de réaction non plus. »

Michel « constate » simplement. « Je n’ai pas d’explication ».

Mais il n’est pas le seul à « constater ». Selon lui, une centaine de vignerons, en France et ailleurs, seraient également passés au soufre naturel ces trois dernières années, en toute discrétion. Dont « des domaines très connus » (j’ai des noms, mais là encore, on m’a demandé de ne pas les citer).

Interrogé, un autre vigneron (de Loire également) -appelons-le Stéphane- tient le même discours convaincu. Mieux : ses vins sont vivants et sans effets secondaires indésirables (l’ivresse étant considérée comme un effet désiré…).

Pourtant, Stéphane met « environ 20mg/l de soufre » (total) dans ses vins. Michel un peu plus : « 25mg pour les rouges, 40mg pour les blancs ». On s’approche des définitions de l’AVN, notez bien…

Soufre naturel en poudre

Plusieurs vignerons qui sont intolérants au soufre me disent qu’avec le naturel, ils n’ont aucun problème. Et que leurs clients allergiques n’ont pas de réaction non plus.

Vigneron de Loire

Si ce n’est pas autorisé, c’est interdit

Puisque le soufre naturel a « tous les avantages du soufre sans les inconvénients », pourquoi diable n’est-il pas utilisé partout et par tout le monde, m’étonnai-je. Ca serait « moins pire », non ?

« Ce n’est pas un produit alimentaire autorisé. Si les douanes voulaient nous embêter, elles pourraient le faire avec ça », explique Michel.

Dans les analyses apparaissent donc les quantités de soufre libre et de soufre total, et puis c’est tout. Ca explique aussi, au passage, pourquoi ces deux messieurs m’ont demandé gentiment de ne pas mentionner leur nom.

Ca et la crainte que l’info soit récupérée par des esprits mesquins, prompts à dénoncer les « produits interdits » qu’on trouve dans les vins « soi-disant bio ». Vous voyez le topo…

Le club du générateur de SO2

Mais il y a une autre explication, plus « pratique » : le soufre naturel, conditionné en poudre, est difficile à utiliser dans le procédé de vinification, qui nécessite plutôt du soufre à l’état gazeux (du SO2, donc).

Des pastilles ont vu le jour (conçues par un vigneron de Sauternes) mais là encore, ça ne convenait pas à Michel. Qui a donc tout simplement « inventé » une machine, qu’il a appelée « générateur de SO2 » (Michel n’est sans doute pas le roi du marketing). Un contenant en inox, relié à une bonbonne d’oxygène, et raccordée, par un tuyau, à la cuve. Un peu de soufre, une allumette, 4 minutes de combustion et voilà.

« Je l’ai fait pour moi, et puis finalement, j’en ai vendu une centaine. » L’info circule allègrement dans « le petit cercle des biodynamistes », le val de Loire devenant le QG de ce nouveau club qui dépasse les frontières nationales.

Michel vend exclusivement à des domaines « labellisés bio ». Sans faire de profit, puisque dans le prix (environ 400 euros), 10% vont à une association oeuvrant pour le reboisement de Madagascar. La commercialisation de cet engin est, elle, tout à fait légale. « Moi, je ne sais pas ce qu’ils mettent dedans, ceux qui l’achètent », explique Michel. Avant d’ajouter « oui, c’est complètement hypocrite ».

Et là, je vous vois venir : quand on travaille en bio, qui plus est en biodynamie, et qu’on est aussi sensible au « vivant » que l’est Michel, l’idéal ne serait-il pas de supprimer le soufre dans son vin, tout simplement ?

« Le vin sans soufre, quand c’est réussi, c’est formidable. Certains s’en sont fait une religion. Mais il n’y a aucune assurance que ça marche. Le soufre naturel est une alternative vraiment intéressante. »

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