Vinsnaturels.fr, c’est un peu l’annuaire de la communauté du vin naturel. Cédric Mendoza travaille depuis dix ans, bénévolement, à ce projet fou. [Rencontre]

L’homme derrière vinsnaturels.fr

Pour trouver le nom derrière le site vinsnaturels.fr, il faut bien chercher. Il est là, en tout petit, dans les mentions légales : Cédric Mendoza.

C’est « fait exprès. Je ne suis pas très à l’aise avec l’exhibition ». C’est ainsi, à l’heure des selfies et du name-branding, il existe encore sur la toile des personnes qui cherchent seulement à partager leur passion. Tout simplement. « Je n’ai pas envie qu’on me reconnaisse quand je vais à un salon, par exemple », glisse Cédric.

De ce « mec normal », nous saurons donc tout simplement qu’il vit à Grenoble, qu’il travaille dans le milieu hospitalier et qu’il a des enfants. Le reste ne nous regarde pas.

Cédric a lancé vinsnaturels.fr en 2006. « Je ne connaissais pas les vins naturels, mais un ami, Ghislain, a organisé un petit salon avec Catherine Vergé, vigneronne de Bourgogne et une dizaine de vignerons. »

Ainsi initié, Cédric se tourne vers le Net pour abreuver sa soif de découvertes. « Mais je me suis vite rendu compte qu’on ne trouvait rien sur les vins naturels. Il y avait bien quelques sites, mais c’était très confidentiel. Alors j’ai commencé à référencer les vignerons, les salons, les cavistes et les restaurants qui proposaient du vin naturel. »

J’ai choisi la transparence. Quitte à ce que le vigneron indique que oui, il a collé ou filtré telle cuvée. Au moins, c’est transparent.

Cédric Mendoza

« Le plus compliqué, ce sont les vignerons »

Même après avoir quitté l’organisation du salon, Cédric a continué. « Je cherchais tous les jours les nouveaux restos, les nouveaux noms, en mettant « vin naturel » dans les moteurs de recherche. »

Au lancement, les connaissances informatiques de Cédric étaient « très basiques ». Il a automatisé le site petit à petit.

« Le plus compliqué, ce sont les vignerons. Je n’ai pas la possibilité de vérifier, je ne bouge pas et je n’ai pas l’expertise. J’ai donc mis en place ce système de fiche à remplir, et j’ai demandé aux vignerons de m’envoyer leurs analyses. »

C’est un des points forts de vinsnaturels.fr et ce qui fait sa fiabilité : l’expert peut, d’un coup d’oeil, savoir à quel type de « nature » il a affaire (avec ou sans soufre, notamment).

Terrain neutre

Résultat : le site truste les premières places dans les moteurs de recherche dès lors qu’on se renseigne sur les vins naturels. En moyenne, vinsnaturels.fr capte « 600 visiteurs uniques par jour », un peu plus en période de salons.

Il passe même avant le site de l’AVN (qui a fait des efforts récemment, notez bien), nettement plus léger et en tout cas plus souvent reconnu par les vignerons. A tel point que Cédric a ajouté un bandeau pour éviter toute confusion avec les « officiels ».

Il faut dire qu’au milieu des tempêtes qui ont agité l’association des vins naturels, le site de Cédric Mendoza est rapidement apparu comme un « terrain neutre ».

« C’est complexe, cette histoire de définition… J’ai parfois droit à des remarques, sur untel qui a désherbé l’année précédente, etc. » Plutôt que de jeter des anathèmes pour laver plus blanc que blanc, Cédric a choisi « la transparence. Quitte à ce que le vigneron indique que oui, il a collé ou filtré telle cuvée. Au moins, c’est transparent. »

Autre particularité de vinsnaturels.fr, qui le distingue de nombre de sites de passionnés : pour Cédric, « pas question de faire un commentaire de dégustation, je ne suis qu’un amateur. Même un vin que je ne trouve pas bon, s’il rentre dans les critères du site, c’est bon. » Pour les critères, Cédric se base sur la même définition que l’AVN.

Une « mode » qui dure

En neuf ans de vinsnaturels.fr, Cédric a vu la communauté s’élargir. « On parlait d’une mode, mais ça ne s’arrête pas et à mon avis, ça va durer. Il y a de plus en plus de vignerons, des jeunes et des gens qui arrêtent tout pour faire ça, de plus en plus de cavistes, de restos. »

Récemment, des cavistes ont proposé à Cédric d’acheter de l’espace publicitaire sur son site. Pas encore de quoi vivre, mais voilà qu’il gagne un peu d’argent avec cette passion. Pour autant « hors de question qu’un jour il faille payer pour apparaître sur le site ».

« Moi, ça me fait juste plaisir. Je suis content quand des vignerons me disent que d’être sur le site leur a rapporté des clients. Tout ce que je veux, c’est promouvoir le vin naturel. »

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