Officiellement, ça n’existe pas… Ce qui explique pourquoi certains travaillent à une reconnaissance du vin naturel par les « officiels ». La démarche soulève de nombreuses questions… [Premières réponses]

#1 La reconnaissance du vin naturel, c’est vraiment prévu ?

Ce n’est pas du tout un chantier officiel. Mais l’AVN, l’association des vins naturels, y travaille.

Récemment, un petit convoi d’émissaires -les vignerons Jacques Carroget, Sébastien Riffaut et Gilles Azzoni- a ainsi rencontré « les autorités viticoles » pour en discuter, et présenter leur charte d’engagement.

Ce n’est qu’une première rencontre… qui ne laisse rien présager sur la suite des événements. Mais rien que le fait que cette rencontre ait lieu serait le signe que « ça bouge ».

#2 Une reconnaissance du vin naturel… mais sous quelle forme ?

Label, appellation, adhésion à une charte… Les interlocuteurs n’en sont pas encore, loin de là, à envisager une forme juridique pour cette reconnaissance. Le travail mené pour aboutir à la certification bio est un modèle envisageable… plein de défauts mais qui prouve au moins que c’est faisable.

#3 Quelle sera la définition du vin naturel ?

C’est bien sûr le coeur du sujet. L’AVN a rédigé une définition du vin naturel, sous forme d’engagement

Reconnaissance du vin naturel, la définition de l'AVN

Ce texte est une « base de travail », rien ne garantit qu’il sera validé tel quel…

D’ailleurs, si la définition de l’AVN est globalement acceptée dans la communauté des vins naturels, ça coince parfois sur les détails. L’obligation d’être certifié bio, par exemple, qui dérange certains des vins S.A.I.N.S. ; ou l’intransigeance vis à vis des intrants (quid des vignerons en voie de conversion). Certaines questions subsistent : parle-t-on de l’ensemble d’une production… ou d’une cuvée ?

Il a fallu dix ans à l’AVN pour aboutir à ce texte. Les débats ne sont pas terminés.

Gilles Azzoni, militant de la reconnaissance du vin naturel
Jacques Carroget, militant de la reconnaissance du vin naturel

#4 Quel est l’objectif visé ?

Pour les émissaires de l’AVN, l’objectif est de permettre aux vignerons concernés et qui le souhaitent d’inscrire « vin naturel » sur leurs étiquettes.

Mais aussi d’interdire aux vignerons qui ne respectent pas la définition de promouvoir leur « faux » vin naturel. On sait en effet que l’industrie agro-alimentaire s’intéresse de plus en plus au phénomène, notamment en surfant sur la confusion entre « sans soufre » et « naturel ».

Il s’agit donc de protéger les vignerons… mais aussi les consommateurs.

#5 La reconnaissance du vin naturel, c’est vraiment indispensable ?

Antonin Iommi-Amunatégui a résumé les avis de pas mal de personnes mieux informées que moi sur le sujet, dans son Manifeste pour le vin naturel.

Ce que je retiendrai de la lecture de son essai, mais aussi de conversations passionnantes avec tout un tas de gens, c’est que le sujet est loin de faire l’unanimité.

Que malgré tous les arguments en faveur d’un « stample » vin naturel, on peut, oui, être assez triste d’imaginer que les « libertaires » du vin naturel vont devoir rentrer dans les clous, avalés par ce « système » dont ils prétendaient s’affranchir.

Mais d’abord, on ne sait pas si ledit système va vraiment les avaler, nos punks des champs. Peut-être qu’il va au contraire les protéger face aux vrais adversaires que sont la grande distrib et l’industrie agro-alimentaire.

On peut aussi imaginer qu’entrer dans le système, c’est peut-être le meilleur moyen de le changer… Car poser la question de la reconnaissance du vin naturel, c’est obliger l’INAO, la DGCCRF et les fédérations viticoles à répondre aux (remises en) questions que le mouvement pose. Et enfin arrêter de nier la chose en se contentant d’un lapidaire « le vin naturel n’existe pas ».

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