Les vendanges 2016 se terminent tristement dans les vignobles de Loire. Et finalement, les « nature » ne s’en sortent pas vraiment plus mal que les autres…[Eco-truc]

Vendanges 2016 : 30% de moins que l’année dernière dans la Loire

On a coutume d’entendre que, face au gel, la sécheresse, les inondations, bref, les caprices de la nature, tous les vignerons sont logés à la même enseigne…

Et ce n’est pas faux : les vendanges 2016 sont désastreuses pour tout le monde (ou presque), qu’il s’agisse de domaines « conventionnels » ou plutôt « naturels ». Selon le ministère de l’Agriculture, la production 2016 est prévue en baisse de 30% pour le val de Loire, à cause du gel et du mildiou principalement.

Evidemment, il est impossible de savoir si les « naturels » sont plus touchés que les autres (puisqu’officiellement, je vous le rappelle, ils n’existent pas…)

Mais un rapide tour du vignoble (heu, par téléphone) confirme l’idée que les « naturels » ont morflé, comme la logique l’impose : 10% de la récolte habituelle chez Marc Pesnot (Muscadet), 60% chez Philippe Delmée (Anjou), 10 à 15% chez les Puzelat, 25% du blanc chez Jean-Christophe Garnier (Anjou)… Un seul vigneron interrogé a récolté « plus que d’habitude ». Mais pour ne dégoûter personne, on taira son noms. Disons juste que Laurent Saillard a eu du flair, cette année.

Face au gel ou au mildiou

Face aux intempéries, la différence entre un vigneron « conventionnel » et un « naturel », ça se joue à quoi ? Pas seulement à l’usage des phytosanitaires, comme on pourrait le croire. Car face au gel, il n’y a pas grand chose à faire… Mais même contre le mildiou, outre les « substances actives », ce sont tous les petits détails qui font que le vigneron se « complique » la tâche (et qui lui permettent de faire du bon vin, au passage), qui le rendent plus fragile.

Un exemple avec la sélection des ceps. Souvent, dans le conventionnel, les clones sont sélectionnés pour leur productivité (entre autres critères). « Nous, on a fait de la sélection massale », explique Thierry Puzelat. « On a moins de volume, mais du raisin de meilleure qualité ».

Mais du coup, « statistiquement », face au gel, les conventionnels ont plus de probabilité de récolter un peu de raisin…

Face aux champignons comme le mildiou, vient ensuite le matériel, qui doit être performant. En effet, les « nature » utilisent le cuivre pour lutter contre le mildiou, mais dans des solutions «de contact », non-pénétrantes (ça ne rentre pas dans la plante). Il faut donc plus de traitements (deux fois plus, cette année), mais surtout des pulvérisations plus efficaces.

Un « pulvé » de compète, c’est au moins 20000 euros d’investissement, m’a-t-on dit. Et ça peut faire la différence face à une attaque de mildiou, quand on n’a que le cuivre.

Mais il faut pouvoir investir. Pas évident pour des toutes petites structures, surtout quand elles sont nouvelles et que les banques sont « prudentes ».

Tout ça et d’autres choses encore me confirment que les petites exploitations en « nature » semblent plus fragiles face aux dérèglements climatiques. Ce n’est pas vraiment un scoop, me direz-vous. (« T’as la réponse dans ta question », m’a répondu un ami dépité).

Agilité, solidarité… liberté

Mais… posons la question autrement : les conventionnels sont-ils vraiment plus « solides » face aux dérèglements climatiques ?

Ce que je remarque, c’est que TOUT le vignoble est touché… y compris les conventionnels, qui ont pourtant une batterie de produits de synthèse à utiliser, et souvent des tracteurs de compétition. Au final, pour eux, quelle est la plus-value, dans une année comme 2016 ?

Ce que je vois, c’est aussi que les petites entreprises du vin « naturel », celles qui ont peu de surface, aucun salarié, des investissements minimaux, etc. sont plus « souples », plus « agiles ». Les chiffres d’affaires et les volumes sont peut-être tout petits (heu, surtout cette année, je sais)… mais les charges et les dettes aussi !

Et puis… Peut-être la solidarité joue-t-elle plus dans le milieu « nature ». Je ne me fais aucune illusion : des rapaces, il y en a partout, et des bonnes âmes aussi. Mais bon, j’observe quand même que le mouvement « Vendanges Solidaires » est bel et bien né dans la communauté des vins naturels, chez ces bobos parisiens buveurs de vins naturels, tant moqués…

Bref : je vois là, dans ces vendanges 2016, des raisons de rester optimiste. Dans la tempête, il vaut peut-être mieux être le canot de sauvetage que le paquebot (et j’ai mis du temps à trouver cette image, donc ne riez pas), non ?

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