DATAPIF / Episode 4

[SONDAGE 4/6] Les vignerons naturels, les AOC, les labels, etc.

Dans ce nouvel épisode de DATAPIF, on continue l’analyse des réponses des vignerons naturels de Loire qui ont répondu à ma petite enquête… Cette fois, on aborde le sujet du « système », les AOC et les labels, qui est « in » qui est « out », et surtout pourquoi.

Les AOC, les vignerons naturels n’en veulent pas

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des répondants ne produisent que des vins de France

Pour la majorité des vignerons naturels de Loire, d’après les résultats du sondage, le vin n’existe qu’en dehors des AOC.

De quelles AOC parle-t-on au juste ? Anjou, coteaux du Layon, Touraine, Muscadet, Auvergne… Peu importe, finalement : seulement 20,4% des sondés entrent dans ces appellations.

 

Ont-ils eu le choix ? Plusieurs « affaires » judiciaires ont mis des coups de projecteur sur des vignerons en délicatesse avec leur syndicat (les Cousin et autres Bain), et il est tentant de voir les vignerons naturels comme des « hors-la-loi » du vignoble (la Loire, ce nouveau Far-West, comme titrait joliment Ophélie Neiman en février 2017 dans Le Monde).

En réalité, la majorité des vignerons qui travaillent en dehors des AOC l’ont fait par choix : 52,3% n’ont tout simplement jamais essayé de faire passer leur vin à l’agrément, et 36,4% en sont finalement sortis, après l’avoir obtenu.

Au final, les « parias » ne sont que 11,4%, une toute petite minorité…

Et là, vous vous demandez tous : mais pourquoi donc ?

C’est simple : pour la grande majorité 75,9% des sondés, le système des AOC est plutôt une bonne idée au départ, mais est aujourd’hui à revoir.

9,3% de ces néo-vignerons ne s’y sont même pas intéressés, et avouent mal connaître le fonctionnement.

Et pour 5,6% d’entre eux, c’est carrément « à combattre ».

Bref : l’adhésion au syndicat de défense et de gestion (SDG) de son aire d’appellation est loin d’être un réflexe pour ces néo-vignerons parce qu’ils trouvent ces structures has-been, sans intérêt ou carrément nuisible.

Ceux qui préfèrent voir le verre à moitié plein noteront le « bonne idée de départ » : les AOC ont été créées pour préserver le vignoble en privilégiant une gestion collective du terroir. Ca, ça leur plait. J’en déduis donc qu’ils ne sont pas si hostiles au collectif, pas si individualistes que ce que j’imaginais.

Reste à savoir pourquoi ils n’essaient pas de faire changer de l’intérieur les choses qui leur déplaisent. Dans certains coins, (je pense à l’Anjou, par exemple), ils commencent à être suffisamment nombreux pour peser dans la balance…

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des répondants sont fâchés avec le système des AOC

Voisins comme cochons… mais de loin

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des répondants trouvent leurs voisins de vignes "hostiles"

Peut-on boycotter le syndicat de gestion de son appellation et garder des relations apaisées avec ses voisins de vignes en conventionnel ? That is the question…

Ben…

La moitié des sondés explique n’avoir aucun échange avec les « conventionnels » de leur coin.

Dans le détail, comment ça se passe ? Ni bien ni mal pour 38,5%, qui trouvent que leurs voisins de vigne pas en bio sont « indifférents » vis à vis de leurs pratiques, et pour 11,5% qui « ne les connaissent pas ». Au final, ca fait quand même pas mal d’entre soi…

Chez ceux qui ont des « contacts » avec l’autre camp, ça se passe plutôt bien dans 28,8% des cas.

C’est rassurant… sauf qu’ils sont à peine moins à estimer que leurs voisins vignerons conventionnels sont « hostiles » (19,2%) voire « carrément malveillants » (1,9%).

Au final, le tableau dépeint n’est pas joli joli : 1 vigneron naturel sur 3 seulement a des relations normales avec les autres vignerons du village. Pour les autres, c’est indifférence ou hostilité. Sympa, l’ambiance…

Reste à savoir qui a commencé le premier… Mon petit doigt et mon expérience de « journaleuse » de locale (les conflits de voisinage, ça me connaît) me soufflent que les torts sont peut-être partagés… Reste à aller voir sur le terrain ! #chiche

Le bio, ça va…

Il y a quand même un cadre qui trouve grâce aux yeux des vignerons naturels de Loire : le bio.

Je leur ai demandé si leurs vignes étaient cultivées en « bio », ils m’ont répondu OUI à 98,1%.

La certification, c’est encore autre chose, mais quand même :

Le label AB est de loin le plus répandu : 79,6% des répondants peuvent arborer le petit logo vert. L’autre label bio est Nature et Progrès, choisi par 7,4%.

20% des vignerons ayant répondu sont certifiés en biodynamie, répartis entre Demeter et Biodyvin.

Enfin, il reste 13% qui n’ont aucun label.

Et pourquoi donc, si ces vignerons appliquent, comme ils le déclarent, les règles de l’agriculture bio dans leurs vignes, et dans leurs chais ?

Difficile à dire, puisque là encore, la case « autre » a été largement cochée (33,3%)… Mais a priori, si je lis bien les réponses, les raisons sont autant idéologiques (33,3% refusent « par principe »), que pratiques (22,2% n’ont pas trouvé le temps de le faire et 11,1% trouvent la certification trop chère).

A posteriori, je crois que j’ajouterais une réponse possible : « Pour garder une marge de manœuvre en cas de pépin ». Parce que, qu’ils le veulent ou non, ça pose toujours un peu question…

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des répondants sont certifiés bio, bio et/ou en biodynamie.

Un label « vin naturel » ? OSF !

 

La réponse des sondés est assez claire :

 

68% des sondés rejettent l’idée d’une reconnaissance officielle (label, marque ou autre) pour les vins naturels.

Inutile, pour 12% d’entre eux, d’estampiller leurs bouteilles avec un quelconque signe distinctif… Ca serait même « dangereux » pour 6% d’entre eux…

Mais l’idée qu’il faut quand même informer le consommateur sur ce qu’il va boire reste malgré tout prédominante : 50% des vignerons qui ont répondu pensent que le combat à mener, c’est plutôt celui de la transparence sur les étiquettes (méthodes et contenus) pour tous les vins.

Si ça devait arriver, les vins naturels seraient alors « naturellement » (hahaha) valorisés.

Mais bon… C’est pas gagné, comme dirait l’autre.

C’est peut-être cette voix de la raison qui a poussé 28% à répondre « OK mais c’est dommage » à la reconnaissance officielle des vins naturels. Un genre de mal nécessaire, en somme…

Finalement, ils ne sont que 4% à penser qu’une reconnaissance est « absolument nécessaire ». En gros, et pour faire vite, ça fait 2 vignerons. Non, je ne vous dirai pas qui c’est…

Je ne sais pas où en est ce chantier sur la reconnaissance officielle des vins naturels par les « autorités viticoles ». Mais ça risque d’être compliqué pour l’AVN, partie étudier le sujet avec les pontes de l’INAO et de la DGCCRF.

 

Ah, tiens, et l’AVN dans tout ça ?

 

Pratiquement tous les sondés ont au moins entendu parler de l’association des vins naturels… mais seulement 15,4% y adhèrent. A compléter par les 3,8% qui ont prévu d’adhérer très prochainement, et même les 36,5% qui le feront peut-être un jour… Ca fait quand même plus de la moitié qui adhèrent, avec plus ou moins d’enthousiasme, aux projets de l’association.

D’un autre côté, ils sont 42,3% à déclarer fermement qu’ils n’ont pas l’intention d’adhérer à l’AVN ni maintenant ni plus tard…

Bilan des courses : cette association et ses projets sont des sujets « clivants », comme ils disent dans la com’. Choisis ton camp, camarade…

 

 

Dans le prochain épisode :

On causera flouze, oseille et pépètes, et l’on verra que les vignerons naturels sont des galériens, mais des galériens heu-reux.

 

 

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