DATAPIF / Episode 8

[SONDAGE 5/6] Vignerons naturels : la galère ?

Attention, gros scoop dans ce nouveau coup de Datapif : comme nous autres humains, les vignerons naturels ont besoin d’argent pour faire tourner leur entreprise et nourrir leurs enfants (ou leur hamster). Alors, galère le vin naturel ? Pas tant que ça, finalement…

Combien coûtent les vins naturels ?

 

 

Et voilà : les vins naturels de Loire coûtent pour la majorité d’entre eux entre 10 et 15€. Vous n’en trouverez pas en dessous de 5€, mais entre 5 et 9€, ça existe !

Bien sûr, il ne s’agit que de « fourchettes », qui ne tiennent pas compte des différences qu’il y a forcément entre les cuvées, les zones d’appellation, etc. Et bien sûr, il faut imaginer que chez un caviste, c’est plus cher (x2 en moyenne), et dans un restaurant encore plus (x3, x4… tout est permis).

Impossible donc de comparer avec des prix de vins « conventionnels ». Je sais juste que le prix moyen consenti pour une bouteille de vin dans un supermarché commençant par la lettre L est « en dessous de 5€ ».

Je leur ai demandé leur chiffre d’affaires en 2015. La moitié seulement a répondu (27 réponses) : le CA moyen de ces entreprises est de 208505€.

Mais cette fois encore, attention aux écarts, qui évidemment très importants selon la taille des exploitations. Le CA médian, lui, est de 135000€.

Le vin naturel, un business valable ?

 

Loin de l’image de « galère », les vignerons naturels parviennent, pour la majorité, à vivre de leur travail (et de leur passion, accessoirement), pour 64,1% d’entre eux. Plus d’un tiers d’entre eux fait même vivre sa famille grâce au domaine, sans autre source de revenus. Chapeau, les gars (et les filles).
Ca peut paraître étrange de se réjouir de la sorte… Mais j’ai réellement entendu plusieurs fois cette remarque : « Oui mais bon, ça m’étonnerait qu’ils arrivent à en vivre. » Et bien si !

Mais ils sont quand même 28,3% qui dépendent d’autres ressources – un autre emploi, ou le salaire de leur conjoint – pour payer les factures et remplir le frigo. Choix assumé (de n’être vigneron qu’à mi-temps, par exemple), situation passagère (la question concernait l’année 2015 seulement, notez bien), ou difficultés ‘structurelles’ ? Je n’ai pas la réponse à cette question éminemment complexe, désolée.

Là où c’est réellement inquiétant, c’est pour les 5,7% qui sont dans la m., pour le dire simplement. C’est une minorité, certes… Mais je me dis qu’un millésime comme 2016 a peut-être mis fin à de doux rêves…

La formulation de cette question n’est pas innocente, je l’avoue : « Faire vivre ma famille », ce n’est pas la même chose que d’évaluer le niveau de vie en fonction de revenus en euros. (Je pose ça là, et je vous laisse y réfléchir…)

D’ailleurs, mais on s’en doutait déjà un peu, il semble évident que l’argent n’est pas le moteur principal des vignerons naturels : je leur ai demandé si, par rapport au travail fourni, ils pensaient gagner suffisamment d’argent.

Réponses :

  • 47,1% des vignerons interrogés pensent que l’argent gagné n’est pas une question importante.
  • Ils sont quand même 37,3% à juger que non, ils ne gagnent pas suffisamment (ou alors, qu’ils travaillent trop…)
  • Reste 15,7% qui trouvent qu’ils gagnent « plutôt bien » leur vie, par rapport au boulot fourni. Ce qui ne fait pas beaucoup de vignerons satisfaits, finalement… Comme quoi, faire vivre sa famille, ça ne suffit pas toujours…

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des vignerons interrogés pensent que l’argent gagné n’est pas une question importante

« Je suis chez moi, je fais ce que je veux ! »

 

Mais si ce n’est pas pour l’argent, pourquoi ont-ils choisi ce métier ? On l’a déjà vu, parce qu’ils aiment le vin. Mais encore ?

 

Ce que les vignerons naturels apprécient par dessus tout dans leur travail, c’est l’indépendance (tiens tiens) qu’il leur procure, ainsi que la proximité avec la nature, et la convivialité.
Viennent ensuite la «stimulation intellectuelle » et le sentiment d’être valorisé.

Le « physiquement épanouissant » a convaincu 37,7% des répondants. « C’est quoi cette question ? Je ne vois pas comment bêcher toute la journée de la caillasse peut être épanouissant ! », a rouspété un vigneron ami.
Mais je vous assure, les gars : nous autres, rats de bureau, quand on vous voit trimer ainsi toute la journée sous la pluie ou dans la canicule, on se dit que vous devez quand même aimer ça, un peu. Et en fait, je réalise que non, pas tant que ça. Un peu comme moi quand je dois rester assise toute la journée devant mon ordi : ça me fait pas kiffer, mais c’est plus pratique, pour écrire…
(fin de la parenthèse)

J’ai bien entendu également interrogé les vignerons sur les aspects négatifs de leur métier. Résultat : beaucoup moins de réponses que sur le positif ! Pratiquement un vigneron sur 5 (17,6%) ne trouve même aucun défaut à son métier !
Pour les autres : stress, soucis d’argent, fatigue physique… Oui, ça leur parle !

La solitude pèse quand même à 9,8% des vignerons qui ont participé au sondage. Malheureusement, c’est un peu le prix à payer pour l’indépendance…
D’ailleurs, une autre question révèle que 51,9% des répondants travaillent seuls. Les chanceux qui peuvent partager leur routine et leurs soucis travaillent en couple (16,7%), avec un associé (9,3%), en famille (5,6%). 16,7% ont coché la réponse « Autres », je suppute qu’ils travaillent avec un ou plusieurs salariés.

Que dire du 2% qui s’ennuie ? Voilà une réponse qui me laisse perplexe, mais qui prouve que, dans la vigne comme ailleurs, la routine peut s’installer…

Vendre son vin ? Fastoche !

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des vignerons ayant répondu trouvent que c’est facile de vendre son vin en France

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des vignerons ayant répondu trouvent que c’est facile de vendre son vin à l’étranger

Soit les vignerons naturels sont des gros vantards, soit, effectivement, vendre le vin n’est pas la partie la plus galère du métier…

C’est quoi leur secret ? C’est assez simple et ça tient en deux formules : rester dans la niche et parler anglais.

 

 

On retrouve sur ce classement l’importance des marchés étrangers. Damned, j’aurais dû leur demander les pays avec lesquels ils travaillent (note pour plus tard…)
Je ne suis de loin pas une experte en circuits commerciaux, mais vu d’ici, tout ça m’a l’air plutôt malin : les circuits privilégiés sont ceux où il y a le moins d’effort (c’est moins de boulot de vendre une palette aux USA que le même nombre de bouteilles à des touristes de passage), ou le plus de marge (la vente en direct = banco). Le secret de tout ça, bien sûr, c’est de cibler les fans de vin « nature ». Cette communauté a en outre plutôt tendance à s’agrandir…

 

Dans le prochain épisode :
On attaque enfin LA question que tout le monde pose sans cesse : et le soufre, dans tout ça ?

 

Vous voulez savoir qui sont les vignerons naturels de Loire ? Lisez aussi ça :

Dans les épisodes précédents… 

[SONDAGE 6/6] Et le soufre, dans tout ça ?

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[SONDAGE 5/6] Vignerons naturels : la galère ?

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[SONDAGE 4/6] Les vignerons naturels, les AOC, les labels, etc.

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[SONDAGE 3/6] Le poids du vin « nature » en val de Loire

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