S’installer en Anjou : la recette de Mark Angeli

Les trois clés de Mark Angeli pour réussir une installation viticole en Anjou : petite surface, investissement réduit au strict minimum et haute valeur ajoutée. Facile, non ?

A ses débuts de vigneron, Mark Angeli a mis « huit ans avant de sortir un salaire. Mon but c’est d’éviter ça aux jeunes qui s’installent. ». Ce vigneron emblématique, GO du salon des Greniers Saint-Jean à Angers, s’est installé à Bellevigne-sur-Layon en 1989. A l’époque, se souvient-il, il faisait partie des premiers et rares « immigrés» dans le vignoble.

Le coin a bien changé depuis. L’Anjou est devenu le cœur de cette « Loire qui bouge », objet de ce blog. Il n’y a qu’à observer la carte des vignerons naturels de Loire : la région est un vrai « nid». J’en ai compté environ 70, soit près de la moitié des domaines « nature » de Loire ! Loin devant la Touraine ou le Nantais (et ne parlons pas du Centre…)

Tous ces jeunes vignerons n’arrivent pas à Rablay-sur-Layon par hasard. Bien sûr, ils y trouvent la « douceur angevine » et le chenin. Mais c’est surtout le prix bas de l’hectare de vignes qui les attire : « Ici, pour 10000€ tu as un hectare de vieilles vignes en coteaux », estime Mark Angeli.

Depuis plusieurs années, il n’y a pas un millésime qui passe sans son lot de nouveaux arrivants. Et à quelle porte vont-ils toquer, ces aventuriers, pour trouver l’info qui leur manque ? Oui, vous avez deviné…

Journée d’information : 30 inscrits en 2017

« Au départ, il y en avait un ou deux, je les prenais avec moi une journée, pour bien tout leur expliquer », se souvient Mark Angeli. Mais rapidement, ils ont été trop nombreux, alors il a fallu adapter la formule.

Avec le soutien du réseau bio (le GAB, groupement d’agriculture biologique et notamment l’équipe autour de Nathalie Dallemagne, encore elle), « on a décidé d’organiser une journée pour les jeunes ». Cet atelier se déroule généralement en mars à Angers. « Cette année, il y avait 30 inscrits, le double de l’année dernière ! », s’étonne Mark Angeli. « Et ils venaient avec des projets d’installation dans toute la Loire : le Nantais, la Touraine, l’Anjou. Il y en avait même de Provence ! » Parmi eux, un certain David et son projet de vignes dans le Muscadet

Quel est le programme ? « Désapprendre ce qu’ils ont appris à l’école » concernant l’installation, résume Mark Angeli. Le vigneron aborde tous les aspects : juridique, fiscalité, culture, commercialisation… En gros, il leur propose et leur conseille un « modèle » éprouvé sur le terrain.

Le contraire de la Chambre d’agriculture, FNSEA et Crédit agricole

La recette ?

  • 3 hectares maximum par personne, 5 hectares s’il y a un couple, « mais l’idéal c’est qu’un des deux continue de travailler à l’extérieur au moins la première année ».
  • des rendements de 30hl/ha en moyenne ».
  • Un prix de vente autour de 10€ HT la bouteille.

Le tout en bio, cela va de soi, aussi « nature » que possible, sans soufre tant qu’à faire… Mais surtout : « On les incite à sortir des AOC », explique Mark Angeli. Ce vigneron a milité longtemps pour que les cahiers des charges soient progressivement modifiés vers « moins de rendement, pas de pesticides… ». Aujourd’hui, semble-t-il, il se bat sur un autre terrain…

Pour Mark Angeli, ce modèle qu’il propose est le contraire de celui « des Chambres d’agriculture, de le la FNSEA, des hypermarchés et du Crédit Agricole. Eux disent aux jeunes qu’il leur faut 20 hectares, des rendements de 60hl/ha et de la chimie. Les menottes au début et la corde au cou à la fin.»

Le soutien aux nouveaux venus ne s’arrête pas à ces quelques préconisations. « On leur trouve des vignes », détaille le vigneron, et même « des investisseurs » si besoin. « J’ai une liste de gens prêts à investir, on m’appelle souvent pour ça. C’est un placement à 10% », assure-t-il.

L’entraide pour « ne rien dépenser la première année »

Ensuite, vient le temps de l’entraide. La « hotline » fonctionne toute l’année. Le prêt de matériel aussi, « mais en échange d’autre chose : trois jours de taille contre un prêt de tracteur, par exemple. D’expérience, ça fonctionne mieux que seulement ‘donner’.»

Pour disposer rapidement d’un minimum de trésorerie, « on leur conseille, par exemple, de vendre un rosé moelleux juste après les vendanges ». Et de viser l’export, des clients « qui paient à la commande ». Et s’ils « ont été rigoureux » dans leur travail, « on les prend en salon » (dégustation aux Greniers Saint-Jean, 2600 visiteurs pro en janvier 2017 à Angers).

« Le but, c’est qu’ils ne dépensent rien la première année. » Une fois passé le cap des premiers millésimes, libre au vigneron de « grossir », d’avoir des salariés, « s’ils veulent gagner plus d’argent. » Mark Angeli, lui, conseille plutôt de tracer « tranquillement » son sillon, en « prenant le temps de s’occuper de sa famille. »

Est-ce que ça marche ? « J’ai suivi l’installation d’une trentaine de nouveaux vignerons, et je n’ai pas encore d’exemple de jeunes qui s’installent et qui n’y arrivent pas », jure le vigneron. « Pour moi, ils seront encore là dans 30 ans. Ces jeunes qui arrivent ont souvent une vision plus globale du métier. Ils sont précis dans leur travail, précis dans leurs vins. » Et même si le phénomène reste malgré tout anecdotique en terme de surfaces et volume, « c’est exponentiel. Gare à ceux qui ne prennent pas le train en marche… »