DEVENIR VIGNERON / Episode 4

#4 – Travail du sol : le coup de la panne (de tracteur)

David et son tracteur, le retour ! Oui, je sais, ça fait longtemps. C’est ma faute, ma très grande faute. Pendant que je délaissais ce blog, David, lui, a entamé le délicat chapitre du travail du sol dans ses vignes, qui suit celui de la taille. Mais la dernière fois que je l’ai vu, il attendait son tracteur…

Pour cet épisode de rentrée, chez lecteur, je vais te demander de faire un effort d’imagination, et de te mettre en tête nous sommes encore au printemps.

Oui, je sais, ça n’a aucun sens puisque c’est la rentrée, et ça ne t’a pas échappé que l’actu, là, maintenant, c’est plutôt les vendanges. Mais bon voilà, le temps a filé. Donc j’ai au moins quatre mois de retard. Et donc, on va dire que c’est le printemps, et que David vient de finir de tailler sa vigne, qui commence à verdir.

Alors, il se passe quoi chez un vigneron, une fois que sa vigne est taillée ? D’avril à juillet, c’est le temps du tracteur : travail du sol et traitements divers.

 

Un mois et demi de retard
pour le travail du sol

Travail du sol, David sur son tracteur, devenir vigneron épisode #4Problème : début mai, David est déjà très en retard. Sur le tracteur qu’il espérait utiliser, il a d’abord fallu réparer les freins, et commander des pièces. « J’ai pris un mois et demi dans la vue. Je ne pensais pas que ce serait aussi compliqué. »

En faisant les réparations lui-même (bien aidé quand même), David a économisé 700€. Sur le coup, ce choix lui a semblé être le plus malin… En voyant le retard s’accumuler, il commence à douter. Apprendre à dépenser l’argent, « investir » dirait un businessman, c’est aussi ça l’entreprise.

Entre-temps, les vignes ont également subi le gel. Dans le Muscadet, les pertes sont estimées à environ 50% d’une récolte normale, une catastrophe. David évalue quant à lui difficilement l’impact sur sa production… La parcelle du fond, celle qui est hors appellation, est « complètement grillée », c’est évident. Le reste ? D’un rang à l’autre, ou même d’un pied à l’autre, c’est extrêmement variable. Le gel « brûle » les bourgeons, mais ne se dépose pas uniformément partout. 40% ? 60% de pertes ? Il faut attendre la vendange pour vraiment savoir… Mais déjà, pour une première récolte d’abondance, c’est foutu.

Il aurait pu se lancer en mai. Mais pas de bol, encore : à cette période, le sol était trop sec pour y faire quoi que ce soit. En l’occurrence, d’abord passer les disques, pour le désherbage entre les rangs. « J’attends 5mm de pluie», m’a-t-il expliqué.

Le travail du sol, c’est capital pour la vigne, notamment en bio. En recouvrant de terre le pied des ceps– ils appellent ça «butter », et ceux qui ont déjà cultivé des pommes de terre sauront bien ce que ça veut dire – les vignerons évitent d’utiliser du désherbant, par exemple.

Et pourquoi vouloir à tout prix enlever l’herbe, demanderez-vous ? « Pour éviter la concurrence : à chaque fois qu’il pleuvra c’est l’herbe qui pompera, et en plus, c’est un réservoir à mildiou. » Attention : enlever l’herbe ne veut pas dire la même chose chez tous les vignerons. Pour certains, ce sera TOUTE l’herbe, jusqu’à avoir un sol « propre » voire lunaire. Chez d’autres, ça sera travailler le sol de temps en temps, pour éviter la « jungle » dans les moments cruciaux.

« C’est tellement désherbé qu’on aurait pu passer la serpillière »

Travail du sol, Disques / Devenir vigneron, ép. #4

David semble se placer un peu entre les deux extrêmes, tendance jungle. Mais de toute façon, il n’est pas encore vraiment confronté au problème : dans ses vignes, « il y a très peu d’herbe, un tapis encore grillé du glyphosate de l’année dernière ». En revanche, on y croise des plantes résistantes, « touffes de ronces, petits chênes, peupliers, épilode, tétragone, morelle noire… » Pour le reste, « c’est du carrelage ». Plaît-il ? « Ben, tellement désherbé qu’on aurait pu passer la serpillière. » Il lui faudra au moins trois ans de travail pour que le sol retrouve de la vie.

Travail du sol, Griffe / Devenir vigneron, ép. #4

A ce stade, David m’a aussi expliqué le concept de la « ni-ni », mais je n’ai pas tout compris : en gros, il s’agit de « ni consommer, ni dégrader », ou de conserver la matière organique du sol. C’est pour cela par exemple, qu’il prévoyait de « griffer » sa terre, sur « 7cm de profondeur », pour aérer le sol, et ainsi permettre à la vie (champignons, vers de terre, etc), de se développer, en plus de désherber entre les rangs. « J’aurais dû le faire plus tôt, en avril. Mais sans tracteur… »

Dans la série de ses galères du printemps, il faut ajouter une fuite dans le pulvé – la machine qui sert à répandre les traitements. « Du coup, on a fait un traitement à bras. » Ca consiste à se balader dans les rangs avec un énorme « sac à dos » et à actionner une pompe manuelle pour asperger les feuilles. « J’ai fait 13km avec 15kg sur le dos », soupire David. « Du coup, en attendant le pulvé, j’ai demandé à un collègue de venir traiter chez moi… Mais j’en ai marre de leur demander. Je leur rembourserai le temps, bien sûr, mais quand même, ils ont leur boulot à faire. »

 

Cuivre : le débat

De quel traitement parle-t-il ? Du soufre et du cuivre, bien entendu. Des « pesticides », oui oui.

Le cuivre maintient le mildiou en « sommeil »… jusqu’à un certain point. « Il faut toujours être là avant l’eau », explique David. C’est très stressant. » Chaque région a son « ennemi », et dans le Nantais, c’est clairement le mildiou. De mai à juillet, c’est la course qui s’installe : chaque point blanc suspect sur une feuille est surveillé comme du lait sur le feu, la météo est consultée quotidiennement, voire plus.

En bio AB, les vignerons peuvent utiliser jusqu’à 5kg de cuivre par hectare maximum. « Si j’arrive à 3kg ça sera bien », estime David, sans en faire une obsession.

Certains diront que c’est beaucoup, pour un élément que la terre ne « digère » pas : le cuivre reste et s’accumule. Qu’en plus, cela impose plus de passages de tracteurs (c’est moins efficace que nombre de produits phyto), et donc plus de carburant consommé. D’autres qu’il s’agit d’une molécule dont au moins on connaît les effets, y compris indésirables, et que c’est préférable à une formule inventée dont on ignore l’impact dans le temps. Qu’il y a aussi du cuivre dans les produits utilisés par les « conventionnels », mais qu’ils ne savent pas dans quelle quantité…

Le débat est enflammé, c’est LE point Godwin de tout débat bio VS conventionnel. J’avoue que ces discussions m’exaspèrent. La seule question intéressante, c’est de savoir comment on fait pour se passer du cuivre, ou au moins en réduire les doses. Et à votre avis, qui travaille sur ces sujets-là, en prenant tous les risques ? Mais j’y reviendrai plus tard.

Quant au soufre, si j’ai bien compris, il est pour sa part bien « digéré » par le sol, mais reste très toxique (si on le respire). Le danger est plutôt au moment du traitement. Mais mieux vaut éviter de vous promener dans des vignes entre mai et août, si vous voulez mon avis, sauf si vous savez que les vignes ont été traitées il y a plus de 48 heures. Oui, même des bios.

Loin de tous ces débats désormais, voilà où en était David à la fin mai de sa première saison. Légèrement épuisé. Frustré de devoir attendre un tracteur et de dépendre encore de l’aide de collègues bienveillants. Inquiet, sans doute. A la bourre, certainement, dans la vigne ET dans l’installation de son chai. Mais toujours aussi motivé, m’a-t-il paru.

Travail du sol, Motivé / Devenir vigneron, ép. #4

Vendanges are coming…

Puisque j’ai raté tout l’été, le prochain épisode sautera directement aux vendanges, dans un raccourci temporel digne de la 7e saison de GOT. Mais sans Jon Snow.

Dans les épisodes précédents… 

[#6] L’Aufrère : la bande à David

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#5 – L’heure de la vendange

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#4 – Travail du sol : le coup de la panne (de tracteur)

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#3 Le vignoble de ses rêves

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