DEVENIR VIGNERON / Episode 6

[#6] L’Aufrère : la bande à David

Dans ce nouvel épisode de « Devenir Vigneron », on fait un petit détour par le GAEC des Sources. C’est dans cette ferme du Muscadet que David a choisi de s’installer, rejoignant ainsi un éleveur et un maraîcher. Un vrai pari sur l’esprit de solidarité et l’expérience des anciens…

En rejoignant l’Aufrère, David a choisi de ne pas travailler seul. Pour le meilleur et surtout en prévision du pire, il partagera son quotidien et ses revenus de vigneron

Avec Marie, Valentin et Boris, ses collègues du GAEC des Sources. C’est le nom officiel de la ferme de l’Aufrère, et il s’agit bien DES sources, et pas de LA source. « C’est ça l’idée : on est plusieurs à partager notre énergie », souligne Marie.

Marie, c’est la maîtresse des lieux. Avec son époux Bernard, aujourd’hui retraité (du genre hyper actif), elle a contribué à faire de cette ferme de l’Aufrère un « nid » douillet pour les aventuriers de l’agriculture bio, comme David.

Ca s’est passé sans tambours ni trompettes. Une vie de famille d’agriculteurs typique au cœur du Muscadet :de l’élevage bovin comme activité principale, mais aussi du maraîchage, de la vigne (jusqu’en 2010), un peu de ci, un peu de ça, au gré des tendances du « marché ». « Par exemple, on a fait des lapins pendant un moment. Mais ils savaient que nous dire d’augmenter le volume pour les mêmes revenus. Alors on a arrêté », explique le couple. Leur passage en bio date de 2009, et depuis, l’Aufrère a développé la vente en réseau AMAP.

 

« C’est devenu une façon de vivre »

 

En parallèle, Bernard et Marie ont aussi développé l’accueil à la ferme. Leur gîte et trois chalets leur permettent de faire découvrir aux urbains les joies de la ruralité, et de nourrir leur sens de l’accueil. « Pour nous, l’important c’est l’humain, pas l’habitat. »

Bon, au passage, ils ont aussi eu six enfants. En 2015, l’aîné, Valentin, a repris la partie « élevage et culture plein champs ». L’histoire aurait pu s’arrêter là.

ferme de l' Aufrère, Muscadet

Mais avec toute cette jeunesse et tout cet espace à la maison, inévitablement la ferme est devenu un genre de QG alternatif, à base d’apéros festifs, de concerts, de réunions militantes (NNDL n’est pas si loin…) et de festoches. « Des jeunes sont venus vivre ici un été, pour un stage. Ils sont restés l’hiver en coloc… Des apéros se sont organisés. Et puis c’est devenu une façon de vivre », explique simplement Marie.

Deuxième « jeune » à s’installer au GAEC, après Valentin, Boris, maraîcher, est en train de rejoindre l’aventure. Pour l’instant, il est en « stage parrainé », une formule d’installation de la CIAP (coopérative d’installation en culture paysanne). Et bientôt, ce sera David qui ajoutera officiellement l’activité viticole au panel du GAEC des Sources.

 

« Nous, on l’a le capital. Mais derrière,
sans le travail, ça ne vaut rien.»

 

Le principe ? « Tout le monde est payé autant, quelle que soit l’activité. Les parts sociales (le droit de vote) sont les mêmes, mais pas le capital », détaille Marie. « Nous, on l’a le capital. Mais derrière, sans le travail, ça ne vaut rien. Eux ils viennent avec leurs compétences. »

ferme de l'Aufrère, Muscadet

Le trio peut compter sur Marie et son expérience pour le rôle de vigie. Puisque tous les « partenaires » sont liés, ce que font les autres intéresse tout le monde. « Je demande qu’on se retrouve, pour savoir où chacun en est. Et c’est moi qui tiens les cordons de la bourse… » Car le nerf de la guerre, c’est la trésorerie. « Ce sont des petites sommes, mais il faut absolument que nous gardions la maîtrise de notre production. » Aujourd’hui, l’effort se concentre sur « les débouchés », les réseaux de distribution, AMAP, marchés, etc. qu’il faut sans cesse chercher et pérenniser.

En théorie, c’est beau… Pour David, ce système présente beaucoup d’intérêts. Notamment le fait de ne pas avoir à avancer d’argent pour profiter du matériel de l’Aufrère, des tracteurs, débroussailleuse, de la cave, des granges, etc. « Je vais être suffisamment seul dans mes vignes. Et puis j’aime bien les animaux », glisse-t-il. « Et puis c’est plus de compétences : Valentin est super fort en mécanique de tracteurs, et Boris pour les plantes… »

Mais en pratique ? Que se passera-t-il en cas de discorde ? Et si, demain, ses collègues lui demandent d’augmenter ses rendements, ou de faire des vins plus comme ci ou moins comme ça, pour le bien commun ? « On verra », sourit David.

 

« Il faut savoir s’adapter »

 

ferme de l'Aufrère, Muscadet«C’est surtout l’humain qui fera la différence, analyse Marie. Il va falloir qu’on formalise tout ça, et qu’on aménage l’espace. » Aujourd’hui, les lieux de vie en commun – puisque tout le monde vit sur place- et notamment la cuisine, c’est chez Marie et Bernard. Heureusement, l’espace ne manque pas… « Ca se passe bien, mais il faut parfois faire des rappels… », sourit Marie.

Le groupe a hésité avant d’ajouter les vignes aux activités de la ferme… Bernard connaît le boulot, et le vin bio, pour lui, « c’était trop de travail ». En 2011, il a profité des primes à l’arrachage pour en finir avec cette activité qui tirait la ferme vers le bas. « On vendait à la citerne. Pourtant, moi, j’y ai cru, à l’AOC. Mon père, il avait beaucoup d’hybrides, des rouges, etc. On a tout arraché pour meettre du melon de N. et on s’est dit que c’était une bonne idée, le Muscadet. Le marché était porteur. Mais il n’a pas tenu ses promesses… … »

Ce qui l’a convaincu : « On connaît David depuis 4 ans. » Et surtout : « On ne met pas tous nos œufs dans le même panier… » Parce que ce qu’il retient d’une vie de paysan, c’est l’importance de l’agilité. « Pendant un moment, l’élevage a porté la vigne. Puis c’est l’inverse… Il faut savoir s’adapter. » Et pour Bernard, dans ce monde en changement perpétuel, « la diversité, c’est un atout » surtout pour maintenir « une exploitation sur le modèle familial », contre la voie industrielle. « En fait, on essaie de faire comme nos anciens, de valoriser la terre ».

 

Bientôt : Alors, ça bulle ?

Dans les épisodes précédents… 

[#6] L’Aufrère : la bande à David

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#5 – L’heure de la vendange

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#4 – Travail du sol : le coup de la panne (de tracteur)

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#3 Le vignoble de ses rêves

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