DEVENIR VIGNERON / Episode 8

#8 Avoir de la bouteille

Que devient David ? Quand le vin est prêt, il faut… non, pas le boire ! Le mettre en bouteille. Là encore, il y a des choix à faire (et à la fin, on boit, quand même).

Pour sa première mise en bouteille, au printemps (oui, je sais, je suis en retard), David a fait appel à l’équipement de la CUMA La Pipette. Mais il a d’abord dû s’y faire une place. « On est trois bio. Alain Gripon m’a dit ‘Parle plus fort’, et j’ai réussi à organiser une mise (en bouteille) un jour fleur. Les autres, ils s’en foutent », mais pas lui. « Il y a eu un grand blanc, quand j’ai précisé ‘sans filtration’. »

Les CUMA, ces « structures collaboratives» de « partage d’outils» pour parler start-up nation, sont invisibles au commun des mortels. Mais ils structurent le paysage agricole, car c’est là que se nouent les liens entre voisins sur plusieurs générations, les rivalités, les rancunes. Et les dettes, aussi. Bien sûr, c’est un choix économique de partager les investissements. Mais la CUMA, c’est aussi beaucoup « d’humain » et il faut un attachement viscéral à son terroir pour s’y impliquer. Surtout quand on fait du bio (et qu’on se place donc dans la minorité), et qu’on est un « survenu », un gars venu d’ailleurs (pour rappel, les racines des Landron sont à 15km de Vallet, ça vous donne une idée de l’ambiance). « Ils sont contents quand même de voir des jeunes, rigole David. Ils ont tous cinquante ans, ou presque. Ca fait longtemps qu’il n’y avait plus eu de jeune à rentrer.»

Bouteille : la tactique de l’étiquette

Dans le même esprit « I Love my terroir », David a demandé « l’agrément ». Pour faire court, c’est le droit d’écrire « Muscadet » sur ses bouteilles. Il n’y a pas que l’emplacement des vignes et le cépage qui comptent, le crash-test du comité de dégustation peut s’avérer fatal. Et pour les vins « nature », c’est souvent (encore) le cas. Il y a plein de choses à raconter sur cette demande d’agrément. Mais David attend le résultat, et m’a demandé de tenir ma langue. Alors on patiente !

En attendant, David a quand même planché sur les étiquettes… Encore un vaste sujet, qui, je l’avoue, me lasse un tantinet. Il y a tout un tas d’études qui expliquent les « codes » pour mieux vendre (les étiquettes jaunes, m’a-t-on expliqué une fois, sont très efficaces). David fait appel à une copine de collège, Cyrielle Grimault, pour celle du Crapodeau. Celle de l’Ô Frères, proposée par l’imprimeur, a été validée par tous les associés de la ferme, après débat. Le résultat me semble plutôt réussi, surtout celle du Crapodeau. Que dire d’autre ?

Comme vous pourrez le noter, le nom de David n’apparaît pas. C’est qu’il n’est encore que le stagiaire, officiellement ! La formation du CIAP continue, deux jours par mois pour réviser les bases de la compta, du commerce, etc. Du déjà vu, mais les cours de BEP sont loin et « quand t’es rendu devant », ben c’est une autre histoire. En revanche, la « contre » de l’Ô Frères affiche « Muscadet’. Tant qu’on ne lui a pas « refusé » sa cuvée, David a le droit de l’afficher, puisque côté cahier des charges et terroir, il est dans les clous. Et si jamais, ce n’est jamais que la « contre » qu’il faudra changer. C’est ce que David appelle » assurer ses arrières ».

Dans les vignes, la vendange 2019 n’est pas encore là, mais l’an II du domaine de l’Aufrère est bien entamé : taille, travail du sol, traitements, et de l’herbe (on en reparle bientôt)… David garde son sourire du début, la motivation intacte. Il trouve même le moyen de me sortir cette phrase hallucinante, qui m’a fait me sentir vieille, si vieille :

« J’ai la chance de pouvoir travailler six jours sur sept, comme je n’ai pas de contraintes familiales. » (Vous le sentez, le discours du jeune patron qui n’en veut, là ?)

Mais l’excitante course du début s’est transformée en marathon. La vigne, la paperasse, le vin, et le commerce… Il faut être sur tous les fronts. « L’année dernière, c’est allé vite, très vite. Et là, c’est encore pire. ». Petit à petit, David prend conscience des réalités de la vie qu’il s’est choisi.

Dans les épisodes précédents… 

#8 Avoir de la bouteille

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#7 Le jour où David a fait du vin

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[#6] L’Aufrère : la bande à David

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#5 – L’heure de la vendange

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#4 – Travail du sol : le coup de la panne (de tracteur)

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#3 Le vignoble de ses rêves

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#2 « Apprends, pour mieux t’en passer »

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#1 « Tu peux tout perdre en une journée et tu vas en chier toute ta vie »

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Ca vous intéresse ?