DEVENIR VIGNERON / Episode 9

#9 Gagner plus pour travailler mieux

Tandis que s’achèvent les vendanges 2018 à l’Aufrère et ailleurs, zoom sur la petite entreprise de David, côté commerce. Sa stratégie pour vendre des vins naturels est encore à peaufiner, mais il paraît qu’il faut surtout savoir rester patient.

S/dropcap]ouvenez-vous : nous avions quitté David début 2018, tout heureux de faire découvrir ses deux premières cuvées, plutôt réussies et bien accueillies. L’Aufrère et le Crapodeau sous le bras, il s’en est allé faire la tournée des cavistes. Et il a un peu déchanté. « Je me suis pris des vents. A Nantes, je les connais tous… Mais je n’avais pas vu le côté commercial de ces endroits. Il n’y a pas de sentiments. » David a magré tout trouvé « des clients solides. Ils m’ont l’air solides en tout cas. On verra… Des cavistes grand Ouest, Nantes, Bretagne, principalement. Globalement, je suis plutôt content.». Une grande partie de son stock est encore au domaine, mais ça n’a pas l’air de la tracasser outre mesure.

La martingale, pour David, serait de trouver des importateurs. « On me demande à quoi ça sert un importateur pour une si petite surface. Ben à gagner de l’argent. » C’est clair, au moins. Les acheteurs étrangers ont la faveur des « petits » domaines, de ce que j’ai pu voir : ils achètent de plus gros volumes, paient sans rechigner et à temps. Et c’est moins de boulot d’envoyer une palette au Japon (au pif), que de démarcher 30 cavistes. J’ai déjà entendu aussi, mais je ne sais pas si c’est encore vrai, que les acheteurs étrangers sont plus « ouverts » aux particularités des vins nature. A voir.

En tout cas, David n’a pas encore trouvé le monsieur/ la dame qui va lui acheter une palette (avis aux amateurs !). Il a participé à quelques salons, comme les excellents Pots de Vin à Clisson, et Wine Nat White Heat, et il sera prochainement à l’excellentissimme salon La Boire à Nantes (oui, c’est du placement de produit, mais je ne suis pas payée pour). Mais ce sont des salons « grand public », et ce n’est « pas rémunérateur », même si ça permet de se faire connaître. « On y va plus pour faire la fête », sourit David. C’est déjà ça !

Objectif salons pro

En tout cas, il reste beaucoup à faire pour asseoir le commerce de son domaine. « J’aurais dû aller à Paris plus tôt », analyse David. Il espère pouvoir participer à des salons pro pendant l’hiver 2019, des rendez-vous comme les Anonymes à Angers, ou la Dive à Saumur. Les places sont rares, mais maintenant qu’il a des échantillons à faire goûter, et même des étiquettes, ce n’est plus mission impossible comme en 2017/2018.

A ce moment-là, l’envie me titille d’évoquer déjà 2019, la stratégie pour la vente, les envies de cuvée, bref, le futur toussa toussa. Mais non, l’heure n’est pas venue. « Il ne faut pas être trop impatient », m’a-t-il expliqué. Et bim, dans la face de la blogueuse toujours à la bourre.

Rigolez, rigolez, mais c’est fou ce qu’il a appris, en un an. David a testé le côté agréable de la vente, des salons « où tu présentes ton produit fini ». Les vignerons ont la cote, et ça fait du bien à l’ego autant qu’au porte-monnaie, j’imagine. Mais pour lui, ce n’est pas le but ultime, et le commerce n’est qu’un moyen… de mieux travailler. « Mon objectif c’est d’arriver à faire 80% dans les vignes, 20% à la vente. A 40 ans, j’espère que je serai encore à tailler dans mes vignes l’hiver. Mais que je serai plus ‘assis ‘ au niveau vente. C’est ça le confort, ce qui te permet de gagner en qualité de vin. »

La voix de la sagesse, n’est-il pas ?

Les vendanges 2018 à l’Aufrère

Bon, et sinon, les vendanges 2018 ? Au top : 30hl/ha, c’est beaucoup plus qu’en 2017. Et du beau raisin, en plus. Pour le Muscadet (et la Loire en général), ce millésime 2018 a pas mal d’atouts pour se révéler exceptionnel.

Alors évidemment, pour le vigneron, c’est aussi beaucoup plus de travail. « Au début, j’ai voulu être dans la vigne avec les vendangeurs, puis enchaîner deux ou trois pressoirs. Je me suis fait trois soirs à 3h du mat’ et debout 6h, et puis j’ai arrêté. » David a bien dû faire confiance à ses vendangeurs, en s’appuyant sur son frère Guillaume, et son collègue Boris. Surtout que son pressoir a (encore) fait des siennes. Bref, quand je l’ai vu, au 7e et dernier jour de vendanges, il était un tantinet HS et sous pression, le David. Mais heureux (je crois).

Depuis, ses jus (trois cuves) fermentent tranquillement. « Je laisse faire. Cette année, je suis plus zen, j’attends. Je suis prêt pour le nature, cette fois ».

Dans les épisodes précédents… 

#10 Muscadet : ça passe… ou pas

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#9 Gagner plus pour travailler mieux

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#8 Avoir de la bouteille

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#7 Le jour où David a fait du vin

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[#6] L’Aufrère : la bande à David

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#5 – L’heure de la vendange

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#4 – Travail du sol : le coup de la panne (de tracteur)

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#3 Le vignoble de ses rêves

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#2 « Apprends, pour mieux t’en passer »

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#1 « Tu peux tout perdre en une journée et tu vas en chier toute ta vie »

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